Longtemps perçus comme des instruments tactiques, les produits structurés s’imposent aujourd’hui comme une brique à part entière dans la construction d’allocations diversifiées.
Leur flexibilité permet en effet d’exprimer différents profils de risque, d’intégrer des mécanismes de protection ou d’optimiser certaines phases de marché, tout en apportant une diversification complémentaire aux fonds ou aux ETF.
Pour Maxime Gohin, Directeur associé chez CMF, l’enjeu n’est pas seulement la recherche de rendement, mais la capacité à structurer des solutions cohérentes avec l’allocation globale du portefeuille. Sélection des sous-jacents, conditions de marché, qualité de la structuration : plusieurs paramètres déterminent la pertinence de ces solutions dans la durée.
Dans cet entretien, il revient sur la place des produits structurés dans une allocation moderne, sur l’importance de la discipline du prix et sur les leviers de création de valeur sur un cycle d’investissement complet.
Les gérants privés évoluent dans un environnement plus complexe et plus exigeant. Comment définissez-vous aujourd’hui votre rôle à leurs côtés ?
Les gérants privés évoluent aujourd’hui dans un environnement particulièrement exigeant : incertitudes géopolitiques, marchés sous tension, retour de taux élevés et réglementation accrue. Dans ce contexte, notre rôle consiste avant tout à déchiffrer les besoins de nos partenaires, apporter de la lisibilité et proposer des solutions adaptées.
Depuis de nombreuses années, notre société accompagne les professionnels de la gestion avec un positionnement d’expert indépendant sur la classe d’actifs des produits structurés. Cette expérience nous permet d’apporter un regard construit sur les différentes phases de marché et sur la manière d’intégrer ces solutions dans une allocation.
Notre approche repose également sur la complémentarité avec VIA AM, société de gestion qui développe une recherche financière approfondie fondée notamment sur le retraitement des données comptables. Cette méthodologie permet d’avoir une lecture plus précise de la création de valeur économique des entreprises et de choisir les sous-jacents les plus pertinents.
Au-delà des solutions d’investissement, nous mettons également à disposition de nos partenaires un outil de suivi afin de faciliter la gestion de ces produits dans la durée.
À quelles conditions les produits structurés deviennent-ils un véritable outil stratégique dans une allocation, et non un simple moteur de rendement opportuniste ?
Les produits structurés ont toute leur place dans une allocation et peuvent représenter une pondération significative d’un portefeuille.
Ils présentent en effet une grande flexibilité, avec des profils de risque très variés, couvrant l’ensemble de l’échelle SRI de 1 à 7. Certaines structures peuvent offrir une protection totale du capital, tandis que d’autres sont conçues pour des profils plus dynamiques.
Leur intérêt réside également dans la diversité des mécanismes qu’ils permettent de mettre en place. Selon leur construction, ils peuvent par exemple générer un rendement régulier, offrir une protection partielle contre les baisses des marchés actions, voire bénéficier de scénarios de marché baissiers. Ils permettent également d’accéder à certains sous-jacents parfois plus difficiles à exploiter directement, comme les matières premières.
Cette flexibilité leur permet de s’intégrer dans différentes briques d’une allocation diversifiée, en complément de solutions plus traditionnelles comme les fonds ou les ETF, avec un couple rendement/risque adapté aux besoins des investisseurs.
Enfin, la structuration permet d’intégrer certains mécanismes spécifiques à cette classe d’actifs, comme les best strike, qui permettent d’optimiser a posteriori le point d’entrée sur un sous-jacent.
Lorsque ces différentes briques sont réunies — qualité des sous-jacents, structuration adaptée et diversification des profils de payoff — les produits structurés deviennent un véritable outil de construction d’allocation, capable d’améliorer le profil rendement/risque d’un portefeuille sur la durée.
Votre approche actions repose sur la discipline du prix et la création de valeur économique. Comment cette philosophie irrigue-t-elle votre offre plus globale ?
La discipline du prix est centrale dans notre approche, à deux niveaux complémentaires.
D’une part, dans notre rôle d’acteur indépendant en architecture ouverte. Nous travaillons avec une trentaine d’émetteurs afin d’obtenir les meilleures conditions de structuration possibles pour nos clients. Cette mise en concurrence est essentielle, car la différence de compétitivité entre les banques peut être particulièrement forte en fonction du timing, de la formule ou du sous-jacent. La qualité d’un produit structuré dépend aussi fortement de ses paramètres techniques.
Nous analysons également l’évolution des conditions de marché dans le temps afin d’identifier des fenêtres d’opportunité. Par exemple, nous développons des radars de volatilité permettant d’identifier les périodes où certaines actions présentent un niveau de volatilité particulièrement élevé par rapport à leur historique annuel, ce qui peut améliorer les conditions de structuration.
D’autre part, la discipline du prix est également au cœur de la recherche menée par notre asset manager VIA AM. Leur analyse financière, fondée notamment sur le retraitement des données comptables, permet d’avoir une lecture différente des valorisations et de la création de valeur économique des entreprises.
Cette approche se reflète à la fois dans leur gamme de fonds et dans les solutions structurées pouvant intégrer leur recherche.
Sur un cycle complet, où se joue selon vous la vraie création de valeur pour le client final ?
Sur un cycle d’investissement complet, la création de valeur repose souvent sur la discipline et la patience dans la gestion de l’allocation.
Les marchés financiers traversent naturellement des phases de hausse, mais aussi des périodes de correction et de volatilité. Pour l’investisseur patient, ces moments peuvent justement créer des opportunités intéressantes.
Lorsque les marchés baissent et que la volatilité augmente, deux avantages apparaissent souvent : des niveaux de valorisation plus attractifs et des points d’entrée potentiellement plus favorables pour certaines stratégies.
La création de valeur passe donc par la capacité à déployer le capital de manière progressive et opportuniste, plutôt que de chercher à anticiper en permanence les mouvements de marché.
La diversification reste également essentielle. Combiner différentes stratégies et horizons d’investissement permet de construire des portefeuilles plus robustes face aux cycles de marché.