L'Autorité des marchés financiers (AMF) vient de dévoiler une déclinaison inédite de son enquête annuelle sur l'épargne, focalisée cette fois sur les comportements féminins en matière de valorisation du capital.
En 2025, seules 24 % des femmes déclarent détenir un produit d’investissement (PEA, compte-titres, cryptoactifs ou actifs non cotés), contre 45 % des hommes. Une différence structurelle, qui évolue peu dans le temps et interroge autant les usages que les mécanismes d’accès à l’investissement.
Dans ce contexte, l’AMF annonce le lancement d’un plan d’éducation financière dédié aux femmes. Une première phase d’étude qualitative sera menée en 2026 afin d’identifier plus finement les freins à l’investissement, avant la mise en place d’une stratégie d’accompagnement à partir de 2027. L’enjeu est clair : mieux comprendre pour mieux activer le passage à l’investissement.
Derrière ces chiffres, une réalité se dessine : l’écart n’est pas uniquement une question d’accès aux produits financiers, mais aussi de rapport à la finance elle-même.
Un sous-investissement structurel, entre économie et perception
La cartographie dressée par l’AMF confirme une sous-représentation des femmes sur l’ensemble des classes d’actifs. Elles représentent 38 % des investisseurs en Bourse, 36 % des contributeurs en financement participatif et seulement 26 % des détenteurs de cryptoactifs.
Si les écarts de revenus et de patrimoine expliquent en partie cette situation, ils ne suffisent pas à en rendre compte pleinement. Le régulateur met en avant des facteurs plus comportementaux : un déficit de confiance, une perception plus élevée du risque et un rapport globalement plus distant aux marchés financiers.
Dans les faits, les femmes interrogées se déclarent moins à l’aise avec la gestion d’actifs et plus prudentes face à la volatilité. Pourtant, les tests de connaissances menés par l’AMF nuancent fortement ce décalage : l’écart réel de maîtrise est bien plus faible que l’écart perçu.
Autrement dit, le frein principal ne réside pas uniquement dans les compétences, mais dans la confiance accordée à ces compétences.
Cette distance se traduit aussi dans les usages : une part importante des femmes déclare ne pas suivre l’actualité des marchés et considère encore l’investissement en actions comme complexe ou peu accessible.
Une génération de rupture qui change progressivement la donne
Si le retard global reste visible, la dynamique évolue nettement chez les jeunes générations.
Les femmes actives de moins de 35 ans, notamment les cadres, affichent des comportements d’investissement beaucoup plus proches de ceux des hommes. Elles investissent davantage, s’intéressent plus aux marchés financiers et adoptent une approche du risque plus assumée.
Ce segment apparaît aujourd’hui comme un point d’inflexion majeur dans la structuration des comportements financiers.
Par ailleurs, une fois le premier investissement réalisé, les écarts se réduisent fortement. Les stratégies de portefeuille deviennent largement convergentes : exposition aux actions, recours aux fonds d’investissement ou participation au crowdfunding suivent des logiques similaires entre femmes et hommes.
Les différences restantes se concentrent surtout sur certains produits plus spécifiques, notamment les ETF et les cryptoactifs, encore moins présents dans les portefeuilles féminins.
De l’accès à la confiance : le vrai levier de transformation
Autre évolution notable : l’autonomie décisionnelle progresse.
46 % des femmes déclarent aujourd’hui choisir leurs placements sans aide extérieure, un niveau désormais supérieur à celui des hommes (43 %). Dans le même temps, le recours aux conseils professionnels diminue nettement, passant de 32 % en 2023 à 23 % en 2025.
L’étude révèle ainsi un paradoxe intéressant : lorsque le premier pas vers l’investissement est franchi, les comportements tendent à s’aligner. Les différences ne tiennent alors plus qu’à des nuances de construction de portefeuille, et non à des logiques opposées.
Dans ce contexte, l’enjeu dépasse largement la seule question de la parité. Pour l’AMF, il s’agit d’un sujet d’autonomie financière et de mobilisation de l’épargne dans un environnement où l’investissement devient un levier central de création de valeur patrimoniale.
L’enjeu n’est donc pas uniquement d’ouvrir l’accès aux produits financiers, mais de travailler sur les leviers plus profonds : la confiance, la pédagogie et les représentations de l’investissement.
Car si les comportements convergent une fois le premier pas franchi, c’est bien ce moment initial, celui du passage à l’action, qui reste aujourd’hui le principal point de friction.
Et c’est précisément là que se joue, pour les prochaines années, une partie structurante de l’évolution de l’investissement en France.
