MJ & Cie, 25 ans d’accompagnement des familles entrepreneuriales
À mesure que le concept de family office s’impose comme l’un des piliers du wealth management contemporain, le débat se concentre davantage sur la sophistication des stratégies d’investissement. Pourtant, réduire ce métier à la seule allocation d’actifs serait en manquer l’essentiel.
Depuis plus de vingt ans, François Mollat du Jourdin accompagne des familles souvent issues de grandes aventures entrepreneuriales, dont les patrimoines dépassent largement la seule dimension financière. Pour le Président Fondateur de MJ & Cie, le rôle d’un family office consiste avant tout à orchestrer l’ensemble des dimensions patrimoniales, familiales et stratégiques qui entourent une fortune privée.
À l’image d’un chef d’orchestre, il coordonne les expertises, veille à la cohérence d’ensemble et accompagne les familles dans la préservation et la transmission de leur patrimoine mais aussi de leur histoire.
À l’occasion des 25 ans de MJ & Cie, il revient sur l’évolution du métier, les transformations du paysage patrimonial international et ce qui, selon lui, continuera de faire la différence dans les années à venir.
Depuis plus de vingt ans, vous accompagnez des familles souvent issues de grandes aventures entrepreneuriales. Au fond, quelle est la mission première d’un family office : gérer un patrimoine… ou préserver une histoire familiale dans la durée ?
Un patrimoine est évidemment constitué d’actifs, financiers ou non, qu’il faut organiser, structurer et faire évoluer dans le temps. Mais dans la pratique, il est très difficile de dissocier totalement le patrimoine de l’histoire qui l’a fait naître.
La plupart des familles que nous accompagnons sont issues d’aventures entrepreneuriales fortes. Leur patrimoine est le fruit d’un parcours, d’une vision, parfois de plusieurs générations d’engagement et de création de valeur. Dans ce contexte, la mission du family office dépasse largement la seule stratégie financière.
Il s’agit aussi de préserver une continuité, de maintenir une cohérence entre les différentes dimensions patrimoniales, et d’accompagner les familles dans la manière dont elles souhaitent inscrire leur histoire dans la durée, à travers les générations. Le patrimoine est un outil. Mais il est aussi le reflet d’une trajectoire familiale qu’il faut comprendre, respecter et organiser dans la durée.
MJ & Cie s’est construit dès l’origine sur un modèle sans distribution ni commissions, uniquement rémunéré en honoraires. Pourquoi cette indépendance vous semble-t-elle essentielle lorsqu’il s’agit d’accompagner des familles sur le long terme ?
Cette indépendance, au cœur de notre modèle, nous permet de rester concentrés sur une seule question : ce qui est pertinent pour le client, et uniquement pour lui.
Lorsqu’on accompagne des familles sur des sujets aussi structurants que l’organisation du patrimoine, les investissements, la transmission ou la gouvernance, il est essentiel que le conseil puisse être donné dans un cadre totalement indépendant. Le fait d’être rémunérés exclusivement en honoraires nous permet de garantir cette neutralité.
Nous ne sommes pas dans une logique de distribution de produits ou de promotion d’une solution d’investissement. Notre rôle consiste avant tout à analyser les situations, à conseiller les familles et à coordonner les différentes expertises nécessaires autour de leur patrimoine.
Cette indépendance crée un alignement très clair avec les familles que nous accompagnons et constitue, à mon sens, une condition indispensable à une relation de confiance sur le long terme.
Au-delà des questions d’investissement, les familles font aujourd’hui face à des enjeux de gouvernance, de transmission et d’organisation du patrimoine sur plusieurs générations. Comment le rôle d’un family office évolue-t-il face à ces dimensions plus humaines et familiales ?
Aujourd’hui, beaucoup de réflexions autour du family office, qui est devenu un concept en vogue dans le wealth management, se concentrent sur la dimension investissement : comment améliorer l’offre, comment accéder à des opportunités plus sophistiquées, comment optimiser la performance, etc...
Mais, pour moi, le family office ne se résume pas à l’investissement.
Je le vois davantage comme une orchestration d’expertises, parmi lesquelles il y a bien sûr celles liées à l’investissement. Mais il y a aussi le juridique et fiscal - incluant l’ingénierie patrimoniale et l’organisation des structures patrimoniales -, les enjeux de gouvernance familiale et des « next gen », la transmission, ou encore le support administratif.
Le rôle du family office consiste précisément à articuler ces différentes expertises — à faire dialoguer ces “musiciens”, si l’on reprend cette image. L’investissement en est un élément important, mais il ne constitue qu’une partie de l’ensemble. La véritable valeur du family office réside dans cette capacité à maintenir un pilotage global et cohérent autour du patrimoine familial, dans la durée.
Depuis la création de MJ & Cie en 2001, les patrimoines se sont largement internationalisés et les environnements financiers se sont complexifiés. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, dans les attentes des familles et dans votre métier ?
Les patrimoines se sont effectivement beaucoup internationalisés, ce qui explique d’ailleurs notre implantation suisse, hub de la gestion de fortune. Et l’environnement financier est devenu sensiblement plus complexe.
Parallèlement, on observe une forme d’institutionnalisation du concept de family office. Le terme est aujourd’hui très présent dans le paysage du wealth management et suscite beaucoup d’intérêt.
Cependant, et comme je l’évoquais, cette évolution s’accompagne souvent d’une approche très centrée sur l’investissement. Beaucoup de discussions portent sur la manière d’améliorer l’offre d’investissement destinée aux grands patrimoines.
Le risque est alors de confondre sophistication de l’offre et pertinence du conseil.
Car le véritable enjeu est de conserver une approche globale du patrimoine et d’accompagner les familles sur l’ensemble de leurs problématiques patrimoniales, dans un environnement changeant, internationalisé, complexe et plus largement régulé.
Vous avez également contribué à structurer le métier au niveau européen, notamment à travers le réseau ENFO. À quoi ressemblera, selon vous, le family office de référence dans les dix prochaines années ?
Je pense que nous pourrions voir émerger deux grandes typologies d’acteurs.
D’un côté, des structures très institutionnelles, en mode B2B2C et B2C, proposant à de grands clients privés des plateformes d’investissement sophistiquées et des solutions proches de celles historiquement réservées aux investisseurs institutionnels. Ce modèle existe déjà dans certains pays anglo-saxons, avec ce que l’on pourrait appeler des family investment offices.
De l’autre, des structures plus indépendantes, souvent de taille plus resserrée (même si leur taille moyenne devrait croitre), qui continueront à exercer un rôle d’accompagnement patrimonial plus global, à 360 degrés.
Ces deux approches pourraient d’ailleurs coexister, les structures d’accompagnement familial pouvant s’appuyer sur certaines plateformes d’investissement, tout en conservant leur rôle d’orchestration globale.
Un autre élément me semble également déterminant pour les années à venir : la place croissante de l’intelligence artificielle. Elle sera très probablement omniprésente dans les structures de demain. Nous le constatons déjà aujourd’hui : en l’espace de dix-huit mois, l’IA a permis des gains de productivité significatifs et elle remplacera sans doute progressivement certaines fonctions.
Mais, paradoxalement, je pense que cela rendra la dimension humaine encore plus essentielle. Dans un environnement où les outils technologiques seront largement accessibles, la véritable différenciation ne viendra plus de l’accès à l’information ou aux outils, mais de la capacité à comprendre les familles, à les accompagner dans la durée et à maintenir cette relation de confiance qui reste au cœur du métier de family office.
L’avenir dira comment cet équilibre évoluera. Car c’est dans la durée que ce métier se juge.