Le 11e Baromètre AFFO–EY, publié début juillet, confirme une lecture désormais bien installée : les family offices restent investis, résilients, et toujours fortement exposés au private equity.
Mais cette grille de lecture, largement reprise depuis mercredi, masque une évolution plus discrète, et potentiellement plus structurante : la question de l'accès à l'information, et de sa qualité, s'impose progressivement comme un facteur déterminant des décisions d'investissement.
Un private equity toujours dominant, mais moins moteur
Le private equity conserve sa position de première classe d'actifs dans les portefeuilles des family offices, à 34 % des allocations. Il reste en tête, mais son avance se réduit.
Sur un an, la tendance montre un léger repli (-3,5 points), tandis que les actions cotées progressent nettement (+5,7 points) pour atteindre 23 %. L'immobilier, de son côté, confirme un net redressement : +3 points, après le recul marqué de 2024 lié à la hausse des taux. C'est la deuxième classe d'actifs, avec les actions cotées, à retrouver clairement de la traction.
Dans les faits, cette évolution ne traduit pas une rupture, mais un changement de tempo. Dans un environnement marqué par une visibilité plus faible sur les sorties et des horizons de liquidité plus contraints, une partie des allocations se réoriente vers des actifs plus immédiatement lisibles et plus flexibles, comme les actions cotées et immobilier en tête.
Le private equity reste central dans les portefeuilles. Mais il n'est plus porté par la même dynamique d'expansion qu'au cours des cycles précédents.
L'accès au deal flow, une lecture entre les lignes
C'est un autre signal qui retient l'attention en creux du baromètre, et qui, dans notre lecture d'écosystème, interroge davantage les pratiques de marché que les allocations elles-mêmes. Le rapport ne chiffre pas de recul des besoins exprimés en accès à l'information, mais il livre un fait de classement significatif : pour la première fois, la fiscalité devance l'accès à l'information et les enjeux réglementaires dans la hiérarchie des préoccupations (44 %, +17 points).
Ce basculement ne relève pas d'un simple ajustement statistique. Il traduit, à notre sens, une transformation plus silencieuse du fonctionnement de l'écosystème.
Pendant plus d'une décennie, les family offices ont évolué dans un environnement marqué par une relative abondance de flux : clubs deals, réseaux privés, co-investissements, intermédiation bancaire dense, plateformes spécialisées.
En 2026, cet écosystème apparaît moins fluide, plus fragmenté, et surtout moins générateur d'opportunités réellement différenciantes. Les flux restent nombreux, mais ils tendent à se standardiser, à se concurrencer davantage, et à perdre en asymétrie. Ce glissement réduit mécaniquement la valeur relative de l'accès brut à l'information.
C'est à ce niveau que notre lecture rejoint le constat du baromètre tout en le prolongeant. Le rapport est particulièrement riche et confirme des tendances structurelles solides. Mais sur le terrain, ce qui ressort davantage, c'est que la question ne porte plus seulement sur l'accès, mais sur la qualité de cet accès.
Autrement dit, l'enjeu n'est plus tant la quantité de deal flow visible que sa capacité à créer une véritable différenciation. Dans certains cas, la multiplication de flux similaires peut même produire un effet de saturation, où l'abondance apparente ne se traduit plus par une meilleure sélection.
Dans cette logique, la rareté ne se situe plus dans l'information en tant que telle, mais dans sa capacité à rester réellement exploitable et différenciante.
Une conséquence indirecte : la fiscalité devient un levier de substitution
Dans ce contexte, la montée en puissance de la fiscalité comme première préoccupation (44 %, +17 points) prend une autre dimension.
Elle n'est pas uniquement le reflet d'un environnement réglementaire plus complexe. Elle traduit aussi, dans notre lecture, un déplacement des leviers de création de valeur.
Lorsque l'accès à des opportunités réellement différenciantes devient plus incertain, les marges de performance se déplacent vers des variables internes : structuration, optimisation, ingénierie patrimoniale.
La fiscalité devient alors moins une contrainte qu'un outil de stabilisation de la performance, dans un univers où l'asymétrie d'information tend à se réduire.
Une économie réelle toujours centrale, mais plus sélective
L'ancrage dans l'économie réelle reste fort : près de 70 % des répondants investissent dans des entreprises locales, et près de la moitié (48 %) participent activement à leur transformation.
Mais l'approche se resserre. Les family offices privilégient des entreprises plus matures, plus structurées et plus lisibles dans leur trajectoire — le capital développement domine d'ailleurs largement les allocations de private equity (71 %), devant les stratégies de growth (58 %), au détriment des investissements les plus précoces, jugés moins lisibles dans le contexte actuel.
La croissance rentable s'impose ainsi comme la thématique dominante, citée par près de 66 % des répondants — au détriment de stratégies plus exploratoires ou tournées vers le développement international, qui enregistrent un net recul.
Une mutation silencieuse de l'écosystème
Au-delà des allocations, le baromètre met en évidence une évolution plus large de l'écosystème des family offices : la valeur ne réside plus uniquement dans la capacité à investir, mais de plus en plus dans celle de filtrer, hiérarchiser et qualifier l'information. Dans un environnement devenu moins lisible, la performance dépend désormais de l'accès aux bons signaux au bon moment.
Ce glissement redéfinit progressivement le rôle des intermédiaires : MFO, banques privées, plateformes et conseillers tendent à évoluer de simples distributeurs d'opportunités vers des fonctions de tri et de sélection.
Dans ce contexte, les family offices ne réduisent ni leur engagement ni leur exposition aux marchés privés. Ils réorganisent surtout leurs priorités autour d'un enjeu devenu central : comprendre, anticiper et sécuriser leurs décisions dans un environnement structurellement moins lisible.
Le private equity reste un pilier, la fiscalité devient un outil, mais la variable stratégique se déplace en amont des allocations : la capacité à accéder à une information fiable, sélective et réellement différenciante.
Dans un monde où le capital reste abondant, la rareté ne se situe plus dans les opportunités elles-mêmes, mais dans ce qui permet de les identifier.
Téléchargez le rapport du Baromètre AFFO-EY 2026 des Family Offices → ici
