Mesurer l'impact, construire des partenariats durables et accompagner le développement économique des communautés locales : depuis plus de trente ans, ADA développe une approche singulière de la finance d'impact dans les pays émergents.
Dans un contexte où les familles philanthropes et les family offices souhaitent donner davantage de sens à leurs engagements, tout en recherchant transparence, impact et pérennité, Laura Foschi, directrice exécutive de ADA, partage la vision d'une philanthropie fondée sur la confiance, l'innovation et la transmission des savoirs. Hubfinance a eu le plaisir de s'entretenir avec elle.
ADA accompagne depuis plus de trente ans des projets à fort impact dans les pays émergents. Pourquoi avoir choisi aujourd'hui d'ouvrir cette expertise aux familles et aux family offices qui souhaitent donner davantage de sens et de structure à leur engagement philanthropique ?
Nous observons aujourd’hui une évolution très nette de la philanthropie. Historiquement portées par les bailleurs publics, les exigences en matière de résultats et de mesure d’impact sont désormais pleinement partagées par les familles philanthropes, les entrepreneurs et les family offices.
Ils ne souhaitent plus uniquement financer un projet : ils veulent comprendre ce que leur engagement produit concrètement, suivre les effets dans le temps et identifier les populations qui en bénéficient réellement.
Cette recherche de sens et de transparence correspond exactement à ce que nous construisons chez ADA depuis plus de trente ans.
Notre mission consiste à renforcer l’autonomie des populations vulnérables en appuyant les acteurs économiques locaux qui structurent leurs territoires. En effet, les micro, petites et moyennes entreprises représentent près de 90 % des entreprises dans les économies émergentes et génèrent environ 80 % des emplois. Dans cette optique, nous accompagnons des institutions financières locales, des coopératives de producteurs et des PME dans la conception de solutions visant à améliorer les conditions de vie des populations vulnérables : épargne, assurance inclusive, crédit agricole ou financements adaptés pour les petits entrepreneurs. Ces solutions sont toujours couplées avec un renforcement de compétences et le développement de pratiques durables.
Le nom même de ADA — Appui au Développement Autonome — traduit cette philosophie : l’autonomie est au cœur de notre approche. Nous ne créons pas de structures ADA sur le terrain. Nous accompagnons des organisations locales, nous
renforçons leurs compétences, et leur offre de produits et services, afin qu’elles deviennent pleinement autonomes.
Certaines d’entre elles sont aujourd’hui devenues des institutions financières de référence dans leur pays. C’est probablement l’une des plus belles démonstrations de ce que nous entendons par développement autonome.
Beaucoup d'acteurs philanthropiques parlent de confiance, mais peu l'opérationnalisent réellement. Concrètement, comment cette confiance se construit-elle chez ADA et quels sont les mécanismes qui la rendent tangible pour vos partenaires ?
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, grâce à une gouvernance exigeante, une culture de la transparence et une capacité permanente à rendre compte de ce que l'on fait.
Après plus de trente ans d'existence, ADA est une organisation arrivée à une véritable maturité, fruit d’une collaboration avec des bailleurs internationaux parmi les plus exigeants. Depuis sa création, elle évolue dans un environnement où qualité des procédures, conformité, audits et reporting font partie du quotidien, sans jamais être perçus comme une contrainte.
Cette culture de la rigueur est constitutive de son identité. Le reporting est ainsi considéré comme un outil de progression : chaque évaluation, chaque audit et chaque indicateur permettent d’améliorer les pratiques et de renforcer l’impact des actions menées.
Cette exigence est liée à la nature même de son métier dans la finance inclusive, où les enjeux de viabilité économique, de gestion des risques et de gouvernance irriguent l’ensemble de l’organisation. Depuis toujours, les équipes accompagnent des institutions financières et dialoguent quotidiennement avec des acteurs bancaires, ce qui rend naturelle cette rigueur interne.
Cette approche a également permis d’anticiper certaines évolutions réglementaires, notamment en matière de connaissance des partenaires et de lutte contre le blanchiment d’argent, bien avant que ces pratiques ne deviennent la norme.
Enfin, cette confiance repose sur une conviction forte : le partenariat ne peut exister que sur la base d’une responsabilité mutuelle, fondée sur la transparence, le professionnalisme et l’amélioration continue, principes que l’organisation s’applique d’abord à elle-même.
ADA bénéficie d'une gouvernance et d'un ancrage institutionnel fort, avec un soutien de longue date de l'État luxembourgeois. En quoi cette singularité renforce-t-elle la crédibilité de votre modèle et la confiance des familles qui s'apprêtent à s'engager à vos côtés ?
Depuis trente ans, nous bénéficions du soutien de l’État luxembourgeois, et j’espère que cela continuera encore dans les trente prochaines années. Avec l’État, il s’agit d’un véritable partenariat, que je considère comme unique au monde, reposant sur un partage de stratégies, de cibles et de méthodologies.
Cela ne veut pas dire que nous exécutons une stratégie définie par l’État. Nous définissons notre propre stratégie, nos priorités et nos méthodes d'intervention, tout en étant à l’écoute des priorités étatiques et en impliquant les différents acteurs institutionnels dans les phases d’apprentissage et de conception. Cette confiance renouvelée depuis trois décennies nous a permis de bâtir une organisation solide, exigeante et capable d'inscrire son action sur le long terme.
Pour une famille philanthrope, cette stabilité représente un véritable gage de crédibilité. Elle offre un cadre de gouvernance éprouvé, des mécanismes de contrôle rigoureux et une capacité d'exécution démontrée. Plus qu'un simple soutien financier, nous proposons une manière de construire les partenariats, fondée sur la co-construction : partager une vision, définir ensemble les objectifs d'impact et mobiliser les moyens nécessaires pour les atteindre.
C'est cette approche que nous développons déjà avec nos partenaires publics internationaux et que nous souhaitons aujourd'hui mettre au service des familles et fondations désireuses de s'inscrire dans une logique de transformation durable. Pour nous, la confiance se construit par la transparence, la rigueur et la capacité à faire de chaque engagement un impact concret.
Avec votre longue expérience en finance d'impact, comment ADA utilise-t-elle des outils financiers innovants pour transformer le don philanthropique en un puissant levier d'impact sur le terrain ?
L’innovation est vraiment notre ADN depuis le début. Ce n’est pas une organisation construite sur l’exécution d’appels d’offres, mais sur une logique d’innovation continue.
Nous nous considérons comme des entrepreneurs de l’impact. Sur le terrain, nous identifions des partenaires fiables grâce à un travail d’évaluation approfondie, puis nous co-construisons avec eux des solutions adaptées aux besoins des populations vulnérables, notamment des produits et services financiers innovants.
L’objectif reste toujours le même : renforcer la résilience et améliorer les conditions de vie des populations vulnérables en consolidant leurs activités économiques.
Un exemple concret est celui de familles au Sénégal vivant dans des zones isolées, sans accès stable à l’énergie. Dès la tombée de la nuit, les activités économiques s’arrêtent, les enfants ne peuvent plus étudier et les ménages dépendent de générateurs coûteux et polluants. L’accès à l’énergie rendu possible par ADA permet de prolonger les heures d’activité, avec un impact direct sur les activités économiques, l’éducation, la cuisine et la chaîne du froid.
Nous développons aussi des innovations comme la création de portefeuilles d’impact au sein des institutions financières, accompagnés de mécanismes d’incitation liés aux résultats.
Mesurer l’impact est souvent perçu comme complexe. Contrairement à la performance financière, il nécessite une théorie du changement et des indicateurs pertinents. Nous aidons nos partenaires à simplifier ces systèmes pour se concentrer sur ce qui améliore réellement la vie des bénéficiaires.
Enfin, en 2023, nous avons lancé au Luxembourg le Financing Innovation Tool (FIT), une société d'impact sociétal (SIS), destinée à financer des entreprises à fort potentiel social ou environnemental, souvent exclues des financements traditionnels.
Le FIT repose sur une logique de donate to invest : les dons financent des investissements, qui attirent d’autres investisseurs d’impact et qui sont ensuite réinvestis. Cette dynamique crée un effet de levier et multiplie l’impact dans le temps.
Au-delà du mécanisme financier, le FIT est un véritable outil d’apprentissage. Il permet de comprendre qu’entre don et investissement, il existe un continuum, et que le capital philanthropique peut être réutilisé pour amplifier durablement l’impact.
Le Luxembourg s’impose aujourd’hui comme une place forte de la finance durable et de l’investissement à impact. Quel rôle ADA entend-elle jouer dans cet écosystème et, plus largement, que peut attendre une famille d’un partenariat avec vous sur le long terme ?
En tant qu'acteur luxembourgeois, ADA s'appuie sur la dynamique de ce hub de la finance durable pour déployer ses solutions de finance d'impact. Notre rôle est celui d’un praticien de terrain reconnu, capable de faire le lien entre les exigences de la finance d’impact et la réalité des économies émergentes. Ce qui nous distingue, c’est avant tout notre manière de travailler : le partenariat. Qu’il s’agisse de bailleurs publics ou de philanthropes privés, nous construisons toujours des engagements sur la base d’une vision partagée, en co-définissant les programmes et les objectifs d’impact.
Pour les familles, cela signifie un accompagnement dans la durée, ancré dans la confiance et la co-construction, avec une volonté claire : transformer des intentions en impact concret. C'est aussi une opportunité unique de réunir les générations autour de valeurs partagées et d’objectifs communs.
Un autre pilier essentiel de notre approche est l’apprentissage continu. Dans notre nouveau plan stratégique, chaque programme intègre désormais une dimension dédiée à cet apprentissage. Dans cette logique, la mesure d’impact n’est pas une fin en soi :
c’est avant tout un outil de compréhension et d’aide à la décision, la communication n’intervenant qu’ensuite.
Cette culture de gestion des connaissances et de l’impact est profondément ancrée dans notre ADN et nous permet de contribuer, au-delà de nos projets, au renforcement de l’ensemble du secteur à partir de données issues du terrain. Elle offre aussi aux familles un cadre unique pour développer leur propre expertise en finance d'impact au contact de nos équipes.
C’est aussi cela, au fond, la valeur d’un partenariat avec ADA : avancer ensemble, apprendre ensemble, et construire sur le long terme un impact qui se partage et se transmet.
